Journalistes exilés et photographes de Magnum Photos croisent leurs regards pour raconter des expériences très personnelles autour des notions d’exil, d’accueil, de répression, de résistance, de succès ou d’échec.
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Bangladesh, une décision suicidaire (Reportage, partie 3)
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La centrale électrique au charbon installée dans la région de Rampal au sein des mangroves Sundarbans au Bangladesh est une décision suicidaire du gouvernement.
– Reportage (partie 3) de Md. Rezaul Kabir, Blogueur et Journaliste –
http://prothom-aloblog.com/blog/rezaulkabir
http://www.somewhereinblog.net/blog/rezaulkabir
http://rezaulkabir85fr.blogspot.fr/
Tant d’oppositions au projet de la construction d’une centrale électrique dans la forêt mangrove ! Pourtant, le gouvernement est fixé dans sa position. Rampal est désigné comme lieu d’installation de ce projet polluant. Le Président du Conseil de développement de la puissance au Bangladesh a affirmé: « cette centrale ne porte pas de préjudice à l’environnement. Des instruments sous haute tension seront mis en place pour capturer les cendres. » Le gouvernement a d’ailleurs avancé trois logiques pour mettre en place cette centrale d’électricité thermique au sein des Sundarbans.
Étendue de l’impact du projet sur la forêt.
Les arguments du gouvernement
D’abord, le ministère de l’environnement affirme qu’il n’y aura pas de dommages pour la nature. Pourtant, le scientifique Dr. Abdul Sattar déclare que si le projet est placé dans cette forêt, celle-ci disparaîtra peu à peu. Dans tous les cas, le gouvernement a toujours dit que les pays développés, par l’utilisation de matières polluantes comme le méthane ou le charbon, était responsable des problèmes environnementaux. Or, ils utilisent les mêmes procédés aujourd’hui, et dans une forêt classé au patrimoine mondial.Leur second argument est que la forêt restera sauve car le projet est situé à 14 km d’elle. Or selon le département de l’Energie, celui-ci aurait du se trouver à au moins 25 km de la périphérie de cette zone sensible. Le dernier argument se fonde dans l’utilisation d’une technologie de pointe. Selon Mr Dr. Ijaj Hossain, membre du Comité d’évaluation des incidences environnementales, beaucoup de choses dépendent de la technologie employée et de la qualité du charbon utilisé. En réalité, l’Ingénieur BD Rahmatullah annonce l’utilisation de la technologie moderne pour répondre à cette question. Or, l’Inde n’a aucune technologie moderne. Le leadership mondial s’est rendu conscient des problèmes liés au charbon au cours du dernier congrès de Copenhague.
Après la forêt, les ports menacés
Le port océanique près de Mongla, deuxième plus grand port maritime du pays d’envergure internationale, disparaîtra. Un coup dur si ce n’est fatal à l’économie nationale. Oui, le gouvernement a immédiatement donné son accord à des compagnies privées pour y construire des centrales de production d’électricité. Le but étant de résoudre les problèmes de pénurie d’électricité. Or, l’utilisation massive de l’eau pour ces centrales amènent l’abaissement du niveau de cette même eau dans ce port. Cela pose de nombreuses difficultés pour l’amarrage des bateaux. (Voir l’article : How The Rampal Coal Power Plant Will Destroy The Sundarbans)
Au service du peuple, ou des industriels ?
L’objectif est que la puissance totale de la production atteigne 6140 mégawatts. Ceci permettra d’acquérir une autosuffisance pour ce qui est de l’électricité, d’augmenter le taux de production et d’accroître les exportations. Tout cela en augmentant le pouvoir d’achat de la population et le développement du pays entier ? En réalité, seuls les marchands d’électricité tireront profit de ce projet. Une grande partie de la population locale sera « asservie » par ces marchands. Ils seront privés de leurs terres, perdront leur production agricole, et risqueront d’être atteints par diverses maladies. Nombreux sont ceux qui pensent que l’industrialisation du pays dépend entièrement de la production d’électricité. Avec une telle production, les usines se construiront en masse et le chômage baissera. Mais qu’en est-il des gens qui perdront leur terre, leur maison, et ainsi leur récolte à cause de la carrière de charbon de Pulbari ? Quelle est l’utilité d’avoir un emploi dans l’industrie et dans des usines quand on perd ses propriétés ?
Un bateau du port menacé.
Un manque flagrant de garanties pour les populations
La décision est hâtive alors qu’elle demande réflexion. Qui peut garantir l’amélioration des conditions de vie du peuple local ? Oui, depuis tout temps la classe dirigeante s’empare souvent des salaires des ouvriers. Il n’y a aucune raison de penser que la situation soit améliorée sans qu’il y ait un vrai changement révolutionnaire sur les champs politique, culturel et social. Si les villageois-agriculteurs se voient enlevés leur terre, qui garantira que leur seul salaire (à condition de trouver un nouvel emploi dans l’industrie) suffira pour assurer leur survie et subvenir à leurs besoins les plus élémentaires (alimentaire, santé, éducation, etc). Ainsi, une grande communauté qui jusque-là vit librement et directement par l’agriculture doit être au service de la classe dirigeante et des industriels. Quel est l’utilité d’un pouvoir économique prospère et du plein-emploi si la nation est paralysée par les maladies et la pollution ? Le développement, oui. Mais pas à n’importe quel prix.
Et pourquoi pas les énergies renouvelables ?
Leur logique est l’utilisation de combustibles fossiles et de l’énergie atomique sous couvert d’une soi-disant « crise de gaz et de charbon ». Ainsi, il serait préférable d’utiliser différentes sources de production d’électricité. La dépendance à l’égard des combustibles fossiles s’amenuise si nous passons à l’électricité atomique. Et les énergies renouvelables et solaire dans tout ça ? La source d’électricité doit être maîtrisable en terme de sécurité avant tout. D’après certains technologues spécialistes des processus de l’électricité solaire, le Bangladesh n’est pas adapté pour l’utilisation de telle source d’électricité et autres énergies renouvelables. C’est faux ! Ces fausses informations sont probablement proférées pour deux raisons. Tout d’abord, les combustibles fossiles et des centrales nucléaires s’avèrent plus rentables. Le gouvernement pourrait bénéficier de subventions provenant de commissions d’investissement internationales. Deuxièmement, cela monte la population contre les défenseurs de l’environnement qui défendent les énergies renouvelables, inoffensives pour l’environnement. L’attrait de l’argent est plus grand chez ces personnes ? Des technologues qui ont tirés profits des énergies renouvelables à l’étranger ne cessent de décrire ces processus et répondent aux questions dans des stades et séminaires, lors de discussions. Le problème ? Seulement des groupes restreints peuvent y assister, souvent non représentatifs de la population.
Bangladesh, une décision suicidaire (Reportage, partie 2)
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La centrale électrique au charbon installée dans la région de Rampal au sein des mangroves Sundarbans est une décision suicidaire du gouvernement.
– Reportage (partie 2) de Md. Rezaul Kabir, Blogueur et Journaliste –
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Mr Uma Sonkorof (Secrétaire Indien de l’électricité) et Mr Towfiq de Dr-E-Elahee (conseiller Bangladais au pétrole) tente de rassurer les populations locales. La réalité ? La zone sud-ouest de la forêt n’échappera pas à la construction de cette centrale à Bagerhat.
Le gouvernement ignore les manifestations des habitants
« Le gouvernement devrait abandonner ce genre de partenariat opaque »
Outre les conséquences écologiques évoquées dernièrement, l’économie du pays est aussi en jeu. 70% des financements de ce projet proviendront d’emprunts étrangers. Le Bangladesh financera à hauteur de 15%. L’Inde également. Pourtant, elle sera propriétaire de 50 % du projet. Voilà le modèle du traité de partenariat à parts égales entre le Bangladesh et l’Inde ! De plus, il n’est précisé nulle part si l’Inde doit obtenir une partie de l’électricité produite ou de l’argent ? Selon des économistes et des spécialistes de l’environnement, « le gouvernement devrait abandonner ce genre de partenariat opaque ». Qui plus est, les dépenses prévisionnelles s’élèvent à 1,8 milliards de dollars. Par conséquent, les spécialistes doutent que le Bangladesh puisse supporter financièrement de tels investissement et de telles dépenses. Le Bangladesh doit porter toute la responsabilité et supporter toutes les dépenses de maintenance, des pertes et des dommages de cette centrale électrique. Ainsi, si des dépenses supplémentaires importantes sont engagées afin d’éviter les risques environnementaux, le coût de l’électricité augmentera et se répercutera sur le pouvoir d’achat des consommateurs. Cela signifie aussi que le prix de l’électricité doit augmenter considérablement. Le prix d’un kilowatt (soit 1000 watts) est actuellement de 5,90 Takas (monnaie locale. 1 dollar = 70 Takas). le prix du charbon est de 145 dollars sur le marché international, alors pour financer le projet, le prix de l’électricité sera réévalué à 8,85 Takas pour 1000 watts. Tout ceci, pour un salaire moyen des populations locales compris entre 750 et 800 dollars par mois.
Les chantiers, onéreux, débutent au Bangladesh
L’économie avant l’écologie
Le Dr Harun a indiqué que ce projet a été initialement proposé et soutenue par la compagnie indienne de l’électricité « Indian National Thermal Power Company » pour des raisons économiques. Cette compagnie a assuré disposer de technologies très poussées pour éviter des risques sur l’environnement. Elles sont en réalité en phase d’expérimentation même dans les pays développés. Ainsi, ce type de processus incertain et expérimental peut être un risque pour l’environnement et les individus. Bien que le Bangladesh ait signé la convention des eaux de Rampal en 1971 et la convention de Reo en 1992, il continue d’ignorer toutes les réalités environnementales. Les hommes politiques de la majorité cherchent à mettre en œuvre ce projet par tous les moyens. Ils informent peu voire mal le peuple des effets sur l’environnement et avance surtout l’intérêt économique. Il est pourtant important de tenir compte de l’environnement physique, biologique mais aussi social. Ce même gouvernement a rapidement signé ce traité de mise en place de la centrale électrique avec l’Inde afin d’éviter toutes questions. Il a également refusé trois pétitions déposé devant la Cour suprême contre ce projet.
Les écologistes non entendus dans cette affaire !
Le spécialiste de l’environnement, Mohammad Enamul Hoque, a dit que cette centrale constituera une catastrophe pour l’environnement. Ce scientifique éminent propose notamment : des possibilités de contrôle et d’examen de l’environnement, un compte rendu de l’état actuel du site et des rapports environnementaux permanents, l’installation de stations d’épuration et de purification des déchets industriels, un plan de gestion, l’approbation des institutions locales et des moyens de gestion des urgences. Sur un plan juridique, il demande de se conformer à l’article 12 de la Loi de 1995 sur l’environnement de Bangladesh et les articles de loi 7,4 , 7.6(d) du Code du droit de l’environnement.
Des processus de surveillance des centrales à charbon ne sont guère existants. Des plans d’installation de telles centrales ont été mis en place dans l’ensemble du pays sous le nom de la « sécurité du combustible ». Ces plans vont nuire à la population et à l’environnement. Il n’est pas possible d’acquérir le « développement Durable » sans sauvegarder l’équilibre de l’environnement et les variétés de la vie du « Développement du Millénaire », proclamée par les Nations Unies. Pour preuve, les spécialistes ont déjà avertit que Bangladesh a déjà violé 5 conventions en mettant en œuvre ce projet. Au niveau local, il s’agit de la pollution des eaux, , des fortes émissions de carbones et des dommages commis à la forêt. Ce dernier point se recoupe avec une convention bafouée à l’échelle internationale : la destruction d’une forêt reconnue comme patrimoine mondial. L’autre aspect est la possible constitution d’une catastrophe naturelle.
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Festival du prix Bayeux-Calvados 2013: Où est passé l’Afrique ?
Le rideau de la 20ème édition du festival du prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre est tombé ce week-end. L’Afrique, l’un des continents les plus exposés à la guerre a brillé de son absence.
Affiche Prix Bayeux-Calvados 2013:
Aris Messinis (Agence France Presse),10 octobre 2011 – Syrte, Libye un homme joue de la guitare au milieu des forces du nouveau régime libyen qui affrontent les combattants pro-Kadhafi
Ils sont moins connus que des stars de la « World music » ou encore du sport. Ces personnes vous font découvrir assis sur votre canapé à des milliers de kilomètres de chez vous, des enfants sauvés des ruines, des femmes tirées des décombres d’un immeuble, des blessés transportés par des moyens du bord dans un hôpital, des torrents de sang coulant dans les rues ou des villes complètement désertes de ses habitants. En bref, une véritable décomposition des valeurs humaines voire, la destruction de la vie quotidienne des populations. Plus simplement, les souffrances d’un peuple à la merci d’un « dictateur » intrépide, omniprésent et terrorisant.
Ces hommes et femmes, les lecteurs et téléspectateurs ont néanmoins appris à les connaître sur les terrains de conflits. Journalistes, reporters-photographes, certains ont d’ailleurs payé de leur vie et d’autres, ont été victimes de prises d’otages avec pour seule faute d’avoir voulu raconter un conflit. Plus particulièrement de rendre compte des deux visages d’un même conflit en toute neutralité. Nous faire comprendre les enjeux d’un conflit et pourquoi pas, susciter une réaction internationale.
C’est eux qui étaient en l’honneur pendant sept jours à Bayeux, petite commune de Basse-Normandie. Devenue célèbre depuis vingt ans, les correspondants de guerre s’y donnent rendez-vous pour récompenser plusieurs grandes plumes du reportage des grands conflits. Cette année encore, il n’y avait pas moins de cinquante-cinq reportages en compétition toutes catégories confondues: radio, photographie, presse écrite, télévision, télévision grand format (Magazine reportage), prix du jeune reporter et web journalisme.
Quid sur l’Afrique quasi inexistante…
Affiche Prix Bayeux-Calvados 2011:
Véronique de Viguerie (Paris Match / Getty Images)
Juillet 2009 – Delta du Niger, Nigéria – Les hommes d’Atteke Tom
arrivent au Camp 9, cachés dans une mangrove.
Parmi les candidats, un seul journaliste d’origine africaine était en lice : Patrick Fandio pour France2. Une participation « limitée » de l’Afrique qui représente pourtant l’un des continents les plus exposés aux conflits et à la guerre. Comment comprendre que L’Afrique, elle aussi victime des tourments soit alors sous-représentée. A qui revient donc la faute ? N’y-a t-il pas de journalistes, de reporters d’images ou de photographes correspondants de guerre en Afrique ? Les journalistes africains seraient-ils moins compétents que leurs confrères occidentaux ? Le mode de pré-sélection aurait t-il été spécialement compliqué pour eux ? Être correspondant de guerre n’aurait-il pas d’attrait pour les journalistes Africains ? Ces questions montrent que l’Afrique a des difficultés à trouver une place dans le monde du journalisme d’investigation qui se donne le temps et les moyens pour réaliser ses enquêtes ; tout en relevant la problématique de la formation de ses journalistes.
Du temps et des moyens
Les sujets de reportages n’ont pas pour autant manqué : La République Centrafricaine (RCA) représente l’un des grands conflits africains du moment et parmi les plus perpétuels. Le pays est en effet en proie à une profonde instabilité où s’entremêlent banditisme, luttes tribales et ambitions politique. Le Mali ou la République Démocratique du Congo avec leurs cortèges de massacres inter-ethniques et les viols à répétition illustrent également ces propos. Il en est de même pour l’effondrement progressif des pays arabes du nord de l’Afrique avec l’étincelle qui a jailli à Tunis en décembre 2010 avant d’enflammer Le Caire. Ou encore le chaos actuel où est plongé la Libye et l’Érythrée cet autre pays d’Afrique qualifié de « Corée du Nord » africaine. Ce ne sont que quelques exemples. Force est de reconnaître qu’en Afrique, nos confrères Américains ou Européens auraient bien du mal à travailler dans nos rédactions. Et pour cause, le manque criard de matériels ajoutés aux conditions de travail très difficiles et aux salaires de misères que les journalistes africains perçoivent.
Nous le savons tous : comparaison n’est pas raison. L’intention n’étant pas de remettre en cause le professionnalisme du journaliste Africain, mais il s’avère utile de rappeler ici que sur le continent « noir », le journalisme s’apprend en trois branches: la presse écrite, la radio et la télévision.
Et de ce point de vue, lorsque vous y êtes journaliste, vous êtes capable de travailler dans les trois spécialités. Or, vos qualités professionnelles, techniques et éthiques restent faibles en raison du nombre insuffisant ou du moins de la « qualité » des institution s de formation. il n’existe pas en Afrique francophone, un seul centre digne de perfectionnement des journalistes en investigation.
Les journalistes en Afrique répètent mécaniquement ceux qu’ils entendent
[Photo tirée du site prixbayeux.org]
Les journalistes Africains restent contraints à consommer une connaissance qu’ils ne produisent pas. Leurs reportages ressemblent très souvent à un exposé rédigé à coups de paragraphes «copiés-collés». Un peu de média training ne serait pas de trop. Premier précepte : Faire en sorte que tout article ou reportage soit accessible au néophyte et irréprochable aux yeux du spécialiste comme cela se fait sous d’autres cieux. Que dire de l’état des équipements et des infrastructures ainsi que du soutien institutionnel au secteur de la presse généralement asthmatique. Pour ne pas laisser place aux catastrophismes, les mesures sont désespérément indispensables pour aider à la professionnalisation de ce secteur. Le correspondant de guerre en Afrique est une page à écrire, un livre d’or à constituer. Accroître sa viabilité et renforcer les capacités des médias intéressés par le journalisme de guerre en Afrique est plus qu’une nécessité.
Sans en vouloir aux footballeurs et musiciens, nous devons aussi célébrer en Afrique les correspondants de guerre : ceux qui, sans se réduire à eux, sans avoir peur de dire et de transmettre nous permettent de mieux comprendre ces souffrances silencieuses que la fatalité empêche plus souvent d’exprimer.
Simon Herve Nko’o à Bayeux.