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LA NUIT DE L’AUDIENCE
Inspirée de faits historiques précis, interprétée par deux comédiennes littéralement habitées par leur personnage et servies par une mise en scène admirable, La nuit de l’audience redonne ses lettres de noblesse au théâtre.
Une nuit d’avril 1900, dans un château flamand, une impératrice déchue sombrée dans la folie après la mort de son mari Maximilien d’Autriche, reçoit la visite inattendue d’une aventurière américaine, Agnès de Slam Slam, veuve d’un prince allemand.
Cette intrigue fictive est le chaînon manquant liant la vie de ces deux femmes que tout sépare mais que le destin a réuni. Une histoire épique et romanesque portée par deux comédiennes magistrales: Brigitte Fossey, incarnant Agnès une aristocrate fantasque, résolument moderne donne la réplique à Frédérique Tirmont dans la peau de Charlotte, ex-impératrice du Mexique recluse et assignée à résidence par son frère Léopold II, roi des belges.
On entre avec délice dans ce huis clos impérial où révélations et rebondissements dévoilent les zones d’ombre de l' Histoire. Un voyage entre Ancien et Nouveau Monde sur fond de guerres et de folklore mariachi. Un moment de pure émotion notamment grâce à l’interprétation époustouflante de Frédérique Tirmont qui répond à nos questions.
Quelle est la genèse de La nuit de l'audience?
La pièce est née de la rencontre entre Jean des Cars, historien spécialiste de la dynastie des Habsbourg et l’auteur et comédien belge Jean-Claude Idée. Partant de faits historiques précis, ils imaginent une entrevue accordée par Charlotte, ex-impératrice du Mexique, à la princesse Agnès de Slam Slam. Cette audience aurait d’ailleurs pu réllement avoir lieu.
Léopold II, roi des Belges a pris sa sœur Charlotte en protection après la mort de son mari à qui il avait confié l’empire du Mexique. Elle est rapatriée en Belgique et internée jusqu’à sa mort en 1927 à l’age de 87 ans. Elle sera enterrée dans une crypte à part des autres membres de la famille royale. Et encore aujourd’hui, la visite de sa tombe est interdite au public.
La mise en scène est assurée par Patrice Kerbrat qui m’a proposé le rôle de Charlotte. Le personnage m’a tout de suite plu. Une folle qui avait des grands moments de lucidité, je trouvais ça intéressant de pouvoir retranscrire ces deux niveaux de jeu. La pièce montre à quel point la cour royale entretenait cette folie : le médecin porte le costume traditionnel mexicain, et elle restait totalement isolée du monde extérieur.
Comment s’est passée la rencontre avec votre personnage ?
Charlotte est un personnage extrêmement jouissif pour un acteur parce que la folie permet une très grande liberté de jeu avec un grand crédit de délire et de vérité.
Bien entendu, tout n’est pas permis, j’ai un metteur en scène, un texte, des partenaires, une trame dramatique et émotionnelle à respecter mais la liberté de jeu reste extraordinaire.
En 40 ans de carrière, c’est la première fois de ma vie que je monte sur scène sans avoir le trac. Je n’ai pas peur et ça ne m’est jamais arrivé, alors que j’ai le trac tout le temps.
La scène est quelque chose de très particulier. On est seule face au spectateur avec notre excitation intérieure mais aussi notre conscience, contrairement au cinéma où l’essentiel réside dans l’image. Quand on monte sur le plateau, on ressent un mélange de grand moment de lucidité et de grande jouissance, ce qui est assez proche de la folie.
Comment avez-vous abordé le jeu de la folie ?
C’est la première fois que je joue le rôle d’une folle, j’ai joué des personnages dramatiques, comiques, mais jamais la folie. L’alchimie qui s’opère entre ces deux femmes existe par le fait qu’Agnès, pour essayer d’obtenir des réponses à des questions qu’elle se pose, essaye d’amadouer Charlotte qui est un peu comme une grenade pouvant exploser à tout moment. Elle ne sait pas comment la prendre car l’impératrice est totalement imprévisible. Agnès va donc tenter de la faire avancer, en retombant en enfance. C’est donc par l’utilisation des codes de l’enfance et du jeu, qui font partie de la folie, que les deux personnages vont entrer en contact sans heurts.
Vous donnez la réplique à Brigitte Fossey, comment s’est passée votre collaboration ?
Merveilleusement bien.
C’était beaucoup d’amour, beaucoup de tendresse, d’affection et de complémentarité. Brigitte et moi sommes extrêmement différentes sur scène et dans la vie. Mais justement cette différence existe aussi entre les deux personnages et on finit par ne devenir plus qu’une. Depuis qu’on joue ce spectacle, on nous a dit plusieurs fois, vous êtes un aigle à deux têtes. Je trouve que l’image est très belle. Ce sont deux guerrières, même si Charlotte a quelque chose de plus retro dans la mesure où elle est reine. Elles ont toutes les deux connu le chagrin, la mort, la solitude, et la naissance de ces hommes qu’elles ont porté l’une et l’autre. Toutes les grandes tragédies traitent de ces femmes de l’ombre et ça fascine toujours.
Comment sort-on d’un tel rôle après une représentation ?
Sortir du rôle n’est pas difficile. Mais ce sont des rôles physiques qui fatiguent réellement. Je dépense une énergie énorme en une heure et quart. Le personnage de Charlotte amène des ruptures violentes dans les états intérieurs avec des sauts émotionnels très intenses.
Quelles sont les réactions du public ?
Le but était d’amener les gens vers quelque chose d’inhabituel et aussi de très théâtral. C’est ce qui fait aussi la différence avec d’autres styles plus ludiques même si on rit beaucoup dans cette pièce. Mais c’était un risque pour cette rentrée de septembre en pleine crise, les gens n’étaient peut être pas enclin à aller voir une pièce historique. Et ceux qui viennent sont en général extrêmement surpris car on y voit du théâtre au sens traditionnel et c’est quelque chose qui m’est très cher. J’ai fait le conservatoire classique et même si j’ai joué dans des pièces contemporaines, beaucoup plus modernes, ça reste ma formation. On a une connaissance des techniques théâtrales très forte, de l’articulation, de la projection, pour amener jusque dans le final muet d’un « e », une vibration qui correspond à un sentiment. Ce sont beaucoup de choses qu’on n’apprend plus maintenant, hélas. Car cette connaissance du métier, ce sens du temps, de la respiration, et cette puissance qu’il y a dans le martèlement des consonnes, des voyelles et des syllabes permet de faire entrer les spectateurs dans l’histoire.
Pensez vous que le théâtre aujourd’hui a perdu de son essence ?
Ce que je déplore souvent quand je vais au théâtre c’est que je n’entends pas les comédiens, je ne les comprends pas, ils perdent énormément de puissance sous prétexte de jouer naturel. Au cinéma les acteurs sont capables de faire passer des émotions même s'ils n’ont pas de voix. Au théâtre, la distance avec le public oblige à aller chercher une force intérieure par une respiration très profonde. Il est beaucoup plus compliqué de réussir à trouver la vérité en étant légèrement au dessus de la norme, « pas naturel ». Mais c’est grâce à la connaissance des mots et à une articulation extrêmement tendue qu’on obtient cette vérité, c’est le paradoxe. Au théâtre on est seul maître de la situation pendant le temps qui est imparti et c’est au comédien de porter les mots, de les transmettre, c’est tout l’art du verbe.
Moi j’ai fait ce métier pour ça, je voulais dire des mots. Les mots ont une raison émotionnelle très forte.
Les acteurs sont les créateurs à part entière du personnage. Avec sa psychologie, auquel on ajoute notre personnalité, il devient notre alter ego. C’est à ce moment là que s’opère l’alchimie.
Par Myriam Djebli
Mise en scène : Patrice Kerbrat. Avec : Brigitte Fossey, Frédérique Tirmont, Christine Guerdon, Jean-François Chilot
Théâtre du Petit Montparnasse
31 , rue de la Gaité 75014 Paris
01 43 22 77 74
Du 17 septembre 2009 au 31 décembre 2009.
Du mardi au samedi à 19h.Le dimanche à 15h.
Selon catégories, 18 et 34€. Le 31/12 : de 20 à 40€.
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