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France-Usa : un nouveau regard sur le monde ?

Un an après l’élection de Barack Obama à la tête des USA, comment se portent les relations franco-américaines ? Bien, voire très bien, dans tous les cas, mieux qu’ hier » a affirmé Michel Foucher à la présentation du livre *«La France, l’Amérique et le Monde » co-dirigé avec Daniel Hamilton avec l’appui du Centre des Relations Transatlantiques et de la Fondation Robert Schuman.


En dépit des « petites » frictions signalées ces derniers jours, notamment la protestation française contre le débarquement massif des marines américains en Haïti au lendemain du violent séisme, ou la sempiternelle divergence concernant l’adhésion de la Turquie à l’Europe, soutenue par les USA, mais maintes fois retoquée par Paris, des observateurs pensent qu’une « nouvelle ère » est entrain de se dessiner dans les relations franco-américaines.
Jean Dominique Giuliani, président de la fondation Robert Schuman, pense qu’ « en réintégrant l’Otan, la France a donné un signal fort à la fois aux USA et à l’Europe ». C’était sans doute pour Nicolas Sarkozy, la plus belle façon de réaffirmer l’attachement de la France à l’Alliance atlantique, mais surtout de montrer qu’il était temps de préserver l’essentiel qui unit ces deux pays depuis la seconde Guerre mondiale, en dépit des frustrations, des incompréhensions et des lourdeurs administratives constatées de part et d’autre.
A ce propos, le pragmatisme de Nicolas Sarkozy semble avoir trouvé un écho favorable du côté américain, avec un Barack Obama qui, selon Michel Foucher, a une « approche moins idéologique que celle de George W. Bush et Dick Chenet ». Professeur de géopolitique à l’école normale supérieure, Michel Foucher estime que le dialogue est plus facile aujourd’hui qu’hier grâce à la présence dans l’équipe d’Obama de gens qui connaissent bien la France. Il pense que les deux pays devraient désormais se pencher plus sur des questions globales et ne pas se cantonner dans le bilatéral.

Le monde existe

En effet, de cet ouvrage, 3 grandes lignes de coopération France-USA se dégagent. Tant sur le plan économique et stratégique que régional.
Il s’agit, par exemple, d’affirmer un nouveau leadership franco-américain pour un nouvel agenda économique après la Crise financière ; de refonder l’Otan avec le retour de la France ; et de renforcer la nouvelle approche convergente sur les questions du proche et Moyen-Orient, (Iran, Afghanistan, Palestine), enfin, de repenser les relations multilatérales avec des pays émergents tels que la Chine, l’Inde , le Brésil en tenant compte de leur influence croissante en Afrique…
Depuis qu’il est aux affaires, Barack Obama se démarque complètement de son prédécesseur sur l’épineuse question de la Palestine. Sa position est proche des Européens, pour ne pas dire de la France qui a toujours soutenu la création d’un Etat palestinien tout en condamnant fermement les attentats terroristes contre Israël.
En fermant la prison de Gwantanamo, le président américain a non seulement tenu sa promesse de campagne, mais aussi donné un signal fort à l’Europe, en général, et à la France en particulier sur les questions de droits humains. Il en est de même de la lutte qu’il mène pour instaurer l’assurance maladie universelle, « largement inspirée du modèle européen ».
Au regard de ces quelques exemples, Michel Foucher affirme que « Obama connait moins l’Europe que ses prédécesseurs, mais a l’avantage de comprendre que le monde existe ».

L’enjeu africain

Last but not least, l’ouvrage traite aussi de la place du continent noir dans les relations franco-américaines. Sous les plumes de Nathalie Délapalme, conseillère pour l’Afrique de plusieurs ministres des Affaires étrangères et en charge de la coopération (de 1995 à 1997 puis de 2002 à 2007) et de Gwendolyn Mikel, il ressort que si, partout ailleurs, la politique unilatéraliste de Bush a été décriée, c’est paradoxalement en Afrique que l’ex-président américain a marqué des points.
La pression de l’opinion publique états-unienne, écrit Mikel, a influencé les politiques de l’Afrique émergente et cela pourrait aussi être le cas en France. Les bases de la loi sur la croissance et les opportunités en Afrique ( African Growth and Opportunity Act ; AGOA) ont été posées au cours de cette période de transition 1998-2002 alors que la société civile américaine réclamait une législation cohérente visant à lever les restrictions tarifaires sur les importations africaines aux Etats-Unis et plus largement sur le commerce africain. Ceci a poussé le président Bush à tripler l’aide publique au développement pour l’Afrique et à transformer le projet AGOA en loi, dès le début de son mandat. Bush a ensuite multiplié des initiatives en terme d’échanges commerciaux, de développement et de sécurité visant à marquer une plus grande présence et visibilité des Etats-Unis en Afrique, notamment dans le « pré-carré » francophone.
Gwendolyn Mikel note que l’administration Bush était consciente de l’histoire militaire et des relations commerciales de la France avec l’Afrique francophone, mais voyait dans ces relations un facteur limitatif de l’influence américaine sur le continent et avait cherché à les neutraliser par le biais de relations bilatérales. Elle pense que la politique africaine de l’administration Obama devrait garder cette ligne tout en changeant de style.
Bien qu’ayant une longueur d’avance et bénéficiant d’une position d’ « avocat privilégié de l’Afrique » dans les instances internationales que ce soit sur des questions politiques, économiques et militaires, la nouvelle politique africaine de la France devrait consister plus à renforcer les instances régionales africaines qu’à intervenir directement sur le terrain comme elle l’a fait, avec succès en 2003 en Ituri ( RD. Congo) avec l’opération Artemis et un an plus tôt en Côte-d’Ivoire avec la controversée, mais finalement nécessaire opération Licorne.
Sur ce chapitre militaire, on pense que la France aussi met désormais l’accent sur le « renforcement des instances régionales africaines

La nouvelle donne multilatérale

Dans tous les cas, que ce soit en Asie, en Amérique, en Europe, ou partout ailleurs, le multilatéralisme s’impose plus que jamais dans les relations internationales.
La Chine qui est devenue, en très peu de temps un partenaire majeur de l’Afrique, oblige la France et les USA à repenser profondément leurs relations avec le continent noir.
Comme le souligne Nathalie Délapalme, l’Afrique, c’est un potentiel considérable ! : 12 % de la production mondiale de pétrole et 10% de réserves aujourd’hui connues en dehors de zones inexplorées. L’Afrique possède aussi, souvent en monopole, parfois en partage avec l’Australie ou la Russie, la plupart des métaux et minerais essentiels à la poursuite de la croissance industrielle et au développement des nouvelles technologies : près de 90% des réserves prouvées de platine, chrome et coltan, 60 % de manganèse, 30 % des réserves d’or et de phosphate, de cobalt, d’uranium, etc...
Moralité : « Il est temps que les opinions publiques occidentales sortent des stéréotypes sur une Afrique vouée à la crise, qui n’appellerait en retour qu’opérations militaires de maintien de la paix, observations électorales, et actions humanitaires. ».

Léon Kharomon

*Michel Foucher et Hamilton Daniel, La France, l’Amérique et le Monde : une nouvelle ère dans les relations franco-américaines ? Washington D.C.: Centre des Relations transatlantiques et la Fondation Robert Schuman, 442 p, 2009

 

 

 

 


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